Impacts de la Pandémie COVID-19 au Bénin


Nous explorons l'impact du coronavirus au Bénin sous plusieurs angles:

1 - Impacts sanitaires  

2 - Impacts socio-économiques                            

3 - Impacts sécuritaires

4 - Impacts culturels 


1 - Impacts Sanitaires  

Les départements recensant le plus de cas sont le Littoral, l'Atlantique et l’Ouémé, tous concentrés au Sud du pays et enregistrant la majorité des flux migratoires. L’aéroport de Cotonou se situe à environ 50 km des chefs-lieu de chacun de ces trois départements.

Le Zou et le Plateau, départements du centre du Bénin, ne sont pas épargnés et comptent quelques cas importés. Le Borgou et l’Atacora enregistrent quelques cas importés, à priori provenant des pays frontaliers au Nord du Bénin comme le Burkina Faso et le Niger. Cette distribution géographique des cas est l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement a choisi d’instaurer un cordon sanitaire afin de bloquer ou de freiner la propagation des cas vers les autres régions du pays.


Le Bénin comme les autres pays de la région a une capacité sanitaire limitée. Fort heureusement, le gouvernement a eu très tôt l’idée d’aménager des hôpitaux bien définis et exclusivement réservés pour le traitement des malades du COVID-19. Plusieurs hôpitaux de ce genre ont été installés sur l’ensemble du territoire dans les chef-lieux de département et les principales villes. Cela a permis d’éviter la propagation accélérée de la maladie parmi le personnel soignant et parmi les patients admis pour d’autres problèmes médicaux. 


La réception de masques et autres équipements en provenance de la Chine et la promotion de l’innovation et de la production locale ont permis au pays de rapidement entrer en possession du matériel nécessaire pour gérer la crise. 


A la date du 29 Juin 2020, le bilan sanitaire selon le gouvernement se présente comme suit: 

  • 1187 cas confirmés
  • 323 cas guéris
  • 845 patients sous traitement
  • 19 patients décédés
  • 20.014 Tests PCR (Polymerase Chain Reaction Tests) administrés
  • 36.276 Tests TDR (Tests de Diagnostic Rapide ou Tests d’anticorps) administrés. 

 

Si le Bénin n’avait recensé que 305 cas de Covid-19 au 10 Juin, la situation était en revanche un peu plus grave au niveau des pays limitrophes. 

Selon le John Hopkins Coronavirus Resource Center, le 10 Juin 2020, le Togo, un pays voisin de taille comparable, recensait 522 cas  confirmés et 13 décès. 

Le Burkina Faso reportait 891 cas dont 53 décès, et le Niger  reporte 974 cas avec 65 décès. 

Le Nigeria qui est le pays le plus peuplé du continent et la plus grosse économie africaine, reportait 13.464 cas et 365 décès. 


Epidémiologie et surveillance du covid au Bénin

Progression journalière des cas de covid au Bénin

Sans vouloir minimiser la tristesse qu’ils ont pu générer, le Bénin n’a enregistré que 3 décès du fait du Covid-19 à cette date, soit environ un décès tous les 25 jours de la crise. La pente est plus raide à compter de début mai en raison de la mise en place de dispositifs de tests massifs afin de mieux maîtriser la progression de la pandémie.




Localisation des cas de covid au Bénin


Aucune tranche d’âge n’a été épargnée, mais la majorité des cas affectent la tranche des 15 à 45 ans (environ 70 % des cas identifiés).

2 - Impacts socio-économiques     

La maladie a eu des impacts sur la vie socio-économique du pays, à cause des diverses mesures prises en réponse à la propagation du virus. Nous n’avons pas encore de véritables statistiques pour mesurer l’impact de la pandémie sur l’économie béninoise. On peut toutefois identifier les secteurs  économiques les plus affectés. 


Le secteur medical

Le décès du premier patient atteint du covid-19, le dimanche 5 avril 2020, a entraîné l'évacuation des patients et la fermeture pour 2 semaines et la mise en quarantaine de tout le personnel de la clinique Mahouna de Cotonou où la patiente était hospitalisée pendant plusieurs jours avant son décès.

Le contrôle positif d'une sage-femme de l'hôpital de la mère et de l'enfant (Homel) de Cotonou, le 6 avril 2020 a envoyé tout le personnel soignant de l'hôpital, soit 106 agents sous quarantaine pour deux semaines. Ce genre de fermeture crée un manque à gagner pour les hôpitaux affectés. 


Sources: 

  • Réflexion du Dr N.A Tayéwo KOKODE sur le Covid-19 au Bénin et la fermeture de la Clinique MAHOUNA. L'evénement précis du 9 avril 2020
  • Coronavirus: pourquoi les agents de l’Homel sont toujours en quarantaine. Benin Web TV du 13 avril 2020 


Le secteur des transports 

Les autorités béninoises n’ont jamais complètement fermé l’espace aérien béninois et l'aéroport de Cotonou. Royal Air Maroc, CEIBA Intercontinental, Cronos Airlines et Air Mauritanie ont interrompu tous leurs vols en partance et à destination de Cotonou le 17 mars 2020. La vingtaine d’autres compagnies internationales, régionales et locales qui desservent l'aéroport de Cotonou n’ont pas formellement interrompu leurs vols; mais le trafic aérien a été significativement réduit. Cette réduction s’est traduite par une diminution des recettes de ces compagnies et de l'activité économique des usagers du transport aérien.

Suite à certaines décisions gouvernementales comme la limitation du nombre de passagers à bord des taxis et embarcations à trois (03) au maximum, et l’interdiction aux taxis-motos de transporter plus d'une personne à la fois, une réduction des recettes des acteurs de ces secteurs est à probable.


Le secteur du tourisme et de l'hôtellerie

Les touristes et voyageurs confinés dans leurs pays respectifs et découragés par l’incertitude sur la qualité des soins sanitaires des pays à visiter, et par les mesures de confinement à l'arrivée instaurés par la plupart des pays, ont révisé leurs plans et déserté les sites touristiques. A l’image des places touristiques de Paris et Rome quasi-désertes, les villes touristiques comme Abomey, Ouidah, et Natitingou connaissent une réduction significative des arrivées. 


La restauration, le sport et l’événementiel. 

Le gouvernement a décrété la fermeture des bars, discothèques, et autres lieux de réjouissance; et l’obligation de respecter une distance d’un (1) mètre au minimum entre usagers de restaurants et maquis. Une fermeture complète des restaurants n'était pas possible car beaucoup de personnes prennent leurs repas dans ces centres de restauration. 

Plusieurs sommets internationaux et d'événements culturels ou économiques ont été soit annulés, soit convertis au format virtuel par le biais d’outils comme Zoom et Skype. 

Toutes les activités sportives étaient suspendues pendant la période du “confinement”. Le stade de l'amitié de Cotonou et les stades départementaux étaient tous clos et interdits d'accès. 


Cette liste de secteurs n’est pas exhaustive. Toutefois, l’envergure limitée de la pandémie dans le pays, et le fait qu’il n’y a pas eu de confinement généralisé, ont permis aux travailleurs et aux commerçants de ne pas complètement interrompre leurs activités. Les pertes massives d’emploi signalées dans d’autres pays comme les Etats-Unis, n’ont pas été observées au Bénin. 

                       

3 - Impacts sécuritaires

Nous n’avons pas remarqué des changements importants d’un point de vue sécuritaire au niveau des communautés où résident les populations. L’incidence des délits et crimes n’a pas varié de façon significative. 


Le contrôle a été renforcé au niveau de l'aéroport international de Cotonou et au niveau des postes frontaliers. Les hôtels réservés pour la mise en quarantaine des voyageurs en provenance de l’Europe, d’Asie, d'Amérique et d’autres destinations à risque, ont été sécurisées par des forces de l’ordre afin d’assurer le respect effectif de la période de quarantaine. 

Des forces de sécurité ont aussi été déployées sur les axes stratégiques pour que le cordon sanitaire soit effectivement respecté. Seules les personnes munies d’une autorisation écrite du préfet de département ou d’une autre autorité compétente pouvaient entrer ou sortir de la zone du cordon sanitaire. Les populations aussi ont compris l’importance de la mesure et ont fait preuve de patience et de discipline.


En termes d’incidents de sécurité, on peut reporter trois situations infortunes. Il y a eu le décès le 23 mai 2020 d’un citoyen béninois, abattu par les forces armées togolaises alors qu'il tentait en violation des mesures frontalières de confinement, de traverser la frontière Bénin-Togo qui était fermée. Il y a eu aussi le décès d’un étudiant lors d'échauffourées sur le campus de Calavi.

Enfin, un agent des forces de sécurité qui s’est permis de bastonner deux individus parce qu’ils étaient à moto sans leurs masques de protection, a été promptement discipliné et sanctionné par les autorités. 


Source: Au Benin, le coronavirus a fait deux morts collatérales, Jeune Afrique, 26 mars 2020

4 - Impacts culturels 

Il a été observé notamment sur Whatsapp et les réseaux sociaux, une non-familiarité des populations aux normes et méthodes scientifiques de validation des traitements. Toutes sortes de remèdes modernes ou traditionnels étaient largement partagés de façon informelle par la population. 

Une des toutes premières mesures prises par le gouvernement a été l’interdiction des regroupements et des cultes au niveau des centres religieux (églises, mosquées, couvents et autres). Quoique Impopulaire au début, cette mesure a été largement respectée sur toute l’étendue du territoire national. 

Les cérémonies d'inhumation se font désormais dans la stricte intimité familiale et ne regroupent pas plus de dix (10) personnes, lesquelles doivent en permanence respecter, les uns par rapport aux autres, la distance d'un (1) mètre minimum. Cette mesure implique un changement culturel majeur car les Béninois étaient habitués aux inhumations pompeuses avec de grandes fêtes, manifestations et cérémonies qui mobilisent des foules importantes, parfois sur plusieurs jours. Si cette mesure se pérennisait, elle permettrait une réduction des dépenses onéreuses auxquelles se livrent habituellement les familles. 


Téléchargez le rapport complet ici !

Auteurs

Dallys-Tom MEDALI

Ida G. L. TOKPO

Rethices R. FAGBOHOUN


Dallys Tom MEDALI est un membre fondateur et le Président du think tank Benin du Futur. Il est aussi un Expert-Comptable accrédité par l’Etat de New York aux Etats-Unis, un Expert dans la lutte contre la fraude financière et le blanchiment d’argent. Précédemment, Dallys a travaillé pour les cabinets internationaux d’Audit et de Consulting PWC, BDO et AMERICAN AUDIT à New York où il a audité, conseillé et assisté les plus grandes banques du monde et d’autres multinationales. Il a aussi travaillé dans le Transport Maritime avec l’entreprise danoise MAERSK au Benin. Il est titulaire d'un Master en Comptabilité de l’Université de Wake Forest aux USA, d’un Diplôme d’Etudes Comptables et Financières de l’Académie de Nantes et d’un Diplôme de Technicien Supérieur en Gestion des Entreprises de l’ENEAM à Cotonou. Il est l’auteur d’une multitude d’ouvrages et prépare actuellement son doctorat aux Etats-Unis. Ses principaux centres d’intérêts sont la finance, la gouvernance publique, l’éducation, et l’entrepreneuriat.


Ida Gisele L. TOKPO, avec plus de 25 ans d’experience au service de l’education pour tous, du développement durable, de la bonne gouvernance et de la gestion des urgences en Afrique; est membre contributeur du think tank Benin du Futur. Ida est aussi Présidente de FAWE – BENIN (ONG panafricaine de promotion de l’équité genre et de l’éducation), Présidente de AIMER et AGIR (ONG béninoise pour la protection de la femme et de l’enfant) et occupe plusieurs postes stratégiques au niveau de la commune de Ouidah. Ida est aussi une consultante internationale et siege dans plusieurs commissions dans les domaines de l’education, de l’emploi et de l’équité genre. A la base, Ida est ingénieur et a été formée à l’Institut Technologique d’Odessa (URSS). Au debut de sa carrière professionnelle, elle géra les abattoirs nationaux du Benin et travailla pendant 18 ans pour Aide et Action International. Ses principaux centres d’intérêts sont l’education, la promotion de l’entrepreneuriat féminin, et la bonne gouvernance. 


Réthices FAGBOHOUN est un membre fondateur du think tank Bénin du Futur et le responsable des admissions et des adhésions. Il est aussi un ingénieur financier et informatique auprès de la Société Générale pour Altran France. Précédemment, Réthices a travaillé pendant de nombreuses années dans la finance d'entreprise et la technologie auprès de diverses entreprises au Bénin et en France. Il est aussi le fondateur du concours international d’épellation Epelle-moi. Il est titulaire d'un Master en Finance de l'Université Paris Dauphine, d'un Master en Activités bancaires de l'Université de Picardie, d'une Maîtrise en Economie de la FASEG et d'un Diplôme de Technicien Supérieur en Gestion des Banques de l'ENEAM au Bénin. Ses principaux centres d’intérêts sont la finance, la gouvernance publique et les innovations technologiques.


Brève Présentation du Think Tank Bénin du Futur

Opérant principalement au Bénin, aux Etats-Unis et en France, Bénin du Futur est un creuset de réflexions pour l'animation de recherches et la conduite d'études destinées à éclairer les gouvernants, les milieux d'affaires et les citoyens sur les grands enjeux de développement du Bénin et de l’Afrique. 


Nos centres d’intérêt principaux sont: l'éducation, la finance, la gouvernance, le développement inclusif ainsi que l'énergie et les infrastructures.


Bénin du Futur est aussi un membre fondateur du Club de Casablanca qui est une coalition des meilleurs think tanks et centres de recherche du continent africain. 


Contacts

www.benindufutur.org

info@benindufutur.org 



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