Pourquoi travailler sur l’éducation ? (2016)

Pourquoi l’éducation ?
Quel est l’état des lieux ? 
Pourquoi travailler sur le contenu des programmes au Bénin ?



J’ai été fasciné par l’éducation depuis le jour où mes parents m’ont forcé à m’asseoir devant un syllabaire pour la première fois; à la fois comme acteur (apprenant) et comme observateur du monde des études. J’ai aussi eu la chance ou le malheur d’avoir plusieurs directrices, enseignant(e)s et même une experte en éducation dans ma famille (1 parent, 2 grand parents, 4 tantes, 1 oncle qui a été directeur pendant des décennies d’abord au CEG 1 d’Abomey ensuite au collège Père Aupiais avant de finir comme DC au ministère de l’enseignement primaire et secondaire). 

Maman aussi a laissé sa carrière d’ingénieur en technologie alimentaire pour joindre Aide et Action International, organisation pour laquelle elle a géré la construction d’écoles dans les villes et villages de l’Atlantique et influencé la politique éducative en travaillant avec les autorités locales. Elle a ensuite été élue pour siéger au sein de la coalition nationale de l’éducation pour tous qui représente tous les acteurs principaux de l’éducation au Benin (gouvernement, syndicats, mairies, UNESCO, UNICEF, bailleurs de fonds européens (Danemark (DANIDA), France (AFD), Allemagne (GIZ), etc.) et américains (USA (USAID), Canada (Oxfam Québec), etc.), ONG internationales (Plan Benin, Aide et Action, Right to Play, etc..) et locales, etc..). L’année dernière, elle a quitté la coalition et a décidé de créer une école. Je ne ratais aucune opportunité de lire ses rapports et documents, de regarder ses photos de terrain et de lui poser beaucoup de questions sur son travail, sur le secteur et le Benin en général, lorsqu’elle revenait de ses voyages. 

La coalition nationale de l’éducation pour tous est (en 2016) la version officielle, de haut niveau et de grande envergure de ce que nous essayons de faire ici de manière informelle. Le nom officiel de la coalition est Coalition Béninoise des Organisations pour l’Education Pour Tous (CBO-EPT).   

Ils ont beaucoup de ressources et influencent quasi-directement l’éducation au Benin par : 
  • les dons et prêts directement au gouvernement
  • les constructions d’écoles
  • les dons d’équipements aux écoles sur toute l’étendue du territoire
  • les formations et recyclages d’enseignants, inspecteurs, chefs de circonscription scolaires et autres acteurs, séminaires, etc.) 
  • autres investissements personnels des organisations membres de la coalition pris individuellement et, 
  • le lobbying qu’ils font sur les acteurs du gouvernement. 

Nous devons la plupart des succès récents de l’éducation nationale béninoise à cette coalition: (1) la campagne « toutes les filles à l’école » qui a secoué les habitudes et mœurs en milieu rural et agressivement poussé pour la scolarisation massive des filles et des garçons, (2) la gratuité de l’école primaire (il a fallu convaincre nos dirigeants de la faisabilité et de la nécessité de cette initiative, sans oublier les avantages politiques qu’ils récolteraient avant que cela ne se concrétise), (3) des projets à l’endroit des élèves déscolarisés, (4) des projets à l’endroit des enfants réfugiés vivant dans le Mono et le Couffo, (5) diverses versions successives de nouveaux programmes, et (6) plusieurs autres initiatives. 
Comme vous pouvez le constater, le focus des reformes éducatives au Benin a été principalement (et à juste titre) axé sur l’enseignement maternel et primaire, sur la création d’infrastructures et sur l’universalisation de l’accès aux écoles.  Le document cadre de la politique éducative au Benin était jusqu’en 2015, le plan décennal du développement du secteur de l’éducation (PDDSE). 
Le document et les rapports de mi-parcours ou bilans (espérons qu'ils sont encore disponibles en ligne) sont très riches et donnent beaucoup d’information sur la situation actuelle de l’éducation au Benin. 

L’un des challenges actuels sur lequel ces acteurs essaient de se pencher est l’insuffisance du nombre d’enseignements qualifiés, surtout en milieu rural. Cette situation est principalement due à l’augmentation exponentielle du nombre d’enfants allant à l’école, l’exode rural, couplés avec la baisse du prestige et de la compensation du métier d’enseignant. Pour plus d’informations sur l’état général de l’éducation au Benin, le plan décennal de développement de l’éducation et les subséquents rapports d’évaluation s’avèreront utiles.

Quoique les diverses initiatives de « nouveaux programmes » ont modifié progressivement l’approche pédagogique au cours primaire de même que le contenu des manuels didactiques utilisés pour éduquer les enfants, peu de progrès ont été fait aux niveaux secondaires et supérieurs. Même au niveau primaire, je suis sûr qu’il y a des concepts importants (lesquels sont aussi capturés par mes dix modules généraux) qui ne sont pas encore enseignés aux enfants. 

Une analyse du secteur de l’éducation m’a conduit à déterminer que les têtes dynamiques et intelligentes devraient se concentrer sur deux domaines : le contenu des programmes éducatifs et la méthode didactique (comment les cours sont donnés, comment enseignants et apprenants interagissent, comment les enfants apprennent, technologie, etc.). 

Cela ne veut absolument pas dire que les bâtiments des écoles béninoises sont déjà aux normes du 21e siècle ou que les problèmes des enseignants sont déjà résolus. Mais il y a une multitude d’acteurs qui travaillent activement sur ces autres points. De plus pour certains de ces points, les réflexions ont déjà été suffisamment faites, et les seuls obstacles sont les ressources financières et humaines limitées, et l’absence de volonté politique au niveau central et local pour exécuter.

Certains pionniers comme Alain Capo-Chichi (de CERCO) travaillent depuis un bon moment sur comment insérer la technologie dans l’enseignement au Benin (surtout au niveau secondaire). Je réfléchissais aussi avec Réthices depuis nos jours à Gbegamey sur comment les innovations technologiques pourraient contribuer au développement du Benin, éducation y compris. Mais avec la vitesse que la révolution des Smartphones, tablettes et applications numériques a récemment prise, les possibilités et potentialités se multiplient infiniment. Nos téléphones d’antan sont maintenant primitifs. Plus besoin d’un ordinateur gigantesque pour accéder au savoir immense de l’internet, aux moteurs de recherches, aux encyclopédies en ligne,  aux cours offerts en ligne par les meilleures universités mondiales, etc. 

Le  challenge au niveau de la modernisation de l’approche didactique et de l’insertion effective des technologies de pointe est l’accès énergétique. Avant d’ouvrir la porte du numérique, il faudra ouvrir le sésame de l’énergétique. Notre think tank a un groupe sur l’Energie et je travaille sur un projet concret dans ce domaine.



Tout cela laisse la question du contenu des programmes éducatifs comme domaine à forte valeur ajoutée où je crois pouvoir ou devoir apporter ma pierre à l’édifice. Cela suppose dans un premier temps que je mette la main sur l’existant : j’ai remué ciel et terre depuis 2009 mais personne dans le ministère de tutelle ou dans les écoles contactées dans plusieurs villes n’a pu me trouver un document contenant l’entièreté des programmes officiels du CI en Terminale. Maintenant que j’y pense, après tant d’efforts infructueux, ce document est introuvable parce qu’il n’existe pas tel que je l’envisageais. J’aurais dû fragmenter ma demande et aller classe par classe pour collecter et assembler une version de l’ensemble du cursus éducatif. Même de cette façon, je ne suis pas sûr du résultat que j’aurais obtenu. 

Au niveau du primaire, il semble que le référentiel soit un certain nombre de manuels officiels ou manuels au programme (au lieu d’un programme distinct et complet montrant ce que nous espérons cultiver chez les apprenants et évaluer ultérieurement). Au niveau du secondaire, il semble que chaque collège ou lycée concocte son propre programme sur la base de l’habituel et des épreuves d’examens des années antérieures. 

Dans les établissements publiques du secondaire, c’est encore plus intéressant avec chaque professeur titulaire ou vacataire produisant son propre programme pour la (ou les) matières qu’il ou elle enseigne. Parfois ce programme est soumis à la validation du censeur (surtout s’il s’agit d’un nouveau professeur) et/ou du conseil pédagogique (lorsque celui-ci existe et fonctionne). Avec les grèves et autres perturbations, les enseignants du secondaire public ne finissent presque jamais leur propre programme et les apprenants doivent se ressourcer et se renforcer ailleurs. Ce fait s’observe même dans les classes d’examen (3e et Terminale). 

Dans un second temps, il faut que je trouve ce qui existe ailleurs : j’ai fait des recherches principalement sur les Etats-Unis et la France (quoique ces deux pays ne soient pas les meilleurs exemples en termes de qualité académique pré-universitaire). Aux Etats-Unis, chaque Etat (et parfois la ville) a ses référentiels et ses guides officiels. Pendant que je faisais la recherche en 2010, les Etats de la Californie et du Massachussetts étaient ceux qui avaient le plus de ressources à disposition en ligne. Il faudrait que je retrouve ces documents et que j’actualise la recherche. 



Enfin, il faut probablement réfléchir et ébaucher quelque chose ex-nihilo. Au lieu de croiser les bras en attendant de mettre la main sur l’entièreté de l’existant, j’ai conçu les 10 modules et je me suis mis à répertorier les différentes branches utiles du savoir pour créer une ossature universelle. Le cadre semble bien fonctionner et permet de détecter les pièces manquantes d’un référentiel sous évaluation. Les détails seront différents pour chaque niveau éducatif et groupe d’âge ; ils changeront aussi avec les modifications de l’environnement socio-économique, culturel et technologique. C’est encore le début…

Dallys Tom Medali | Benin du Futur, Think Tank

Bénin du Futur




Opérant principalement au Bénin, aux Etats-Unis et en France, Bénin du Futur est un creuset de réflexions pour l'animation de recherches et la conduite d'études destinées à éclairer les gouvernants, les milieux d'affaires et les citoyens sur les grands enjeux de développement du Bénin. Nos centres d’intérêt principaux sont: l'éducation, la finance, la gouvernance, le développement inclusif ainsi que l'énergie et les infrastructures. 
Dallys Tom MEDALI est un membre fondateur et le Président du think tank Benin du Futur. Il est aussi un Expert-Comptable accrédité par l’Etat de New York aux Etats-Unis, un Expert dans la lutte contre la fraude financière et le blanchiment d’argent. Précédemment, Dallys a travaillé pour les cabinets internationaux d’Audit et de Consulting PWC, BDO et AMERICAN AUDIT à New York où il a audité, conseillé et assisté les plus grandes banques du monde et d’autres multinationales. Il a aussi travaillé dans le Transport Maritime avec l’entreprise danoise MAERSK au Benin. Il est titulaire d'un Master en Comptabilité de l’Université de Wake Forest aux USA, d’un Diplôme d’Etudes Comptables et Financières de l’Académie de Nantes et d’un Diplôme de Technicien Supérieur en Gestion des Entreprises de l’ENEAM à Cotonou. Il est l’auteur d’une multitude d’ouvrages et prépare actuellement son doctorat aux Etats-Unis. Ses principaux centres d’intérêts sont la finance, la gouvernance publique, l’éducation, et l’entrepreneuriat.

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